« No Man is an Island » : Écrire l’individu et sa nation dans l’Angleterre des XVe, XVIe et XVIIe siècles


Contacts :

Meriel CORDIER, Université Clermont Auvergne, IHRIM (UMR 5317).
Alix DESNAIN, Université Clermont Auvergne, IHRIM (UMR 5317).
Pádraic LAMB, Université de Tours, CESR (UMR 7323) et Université Clermont Auvergne, IHRIM (UMR 5317).

L’avènement des Tudors succède à deux siècles de guerres qui ont divisé l’Angleterre. Néanmoins, comme le souligne Leah Greenfeld dans Nationalism : Five Roads to Modernity (1992), c’est à cette époque que commence à s’y construire une identité nationale. Comment, dans le contexte politique, social et religieux de la première modernité, marqué par la dissension et la coexistence de « communautés imaginées » diverses (B. Anderson, 1983), ce sentiment national a-t-il pu se développer ? Quels liens peut-on établir entre l’essor de cette conscience d’une nation et d’une littérature anglaises ? Si l’idée de nation est toujours difficile à circonscrire, le cas de l’Angleterre est de ce point de vue particulièrement complexe, du fait de la pluralité des origines ethniques et des mythes fondateurs qui mettent en question la possibilité d’une identité commune.
Par ailleurs, l’insularité propre à l’Angleterre pourrait suggérer une adéquation simple entre nation et territoire, d’autant plus qu’elle s’est souvent définie par opposition au « Continent ». Ce positionnement a été exacerbé par la naissance de l’Église d’Angleterre, qui confère au royaume un statut distinct (liant par son nom même entité politique et identité religieuse) et aboutit à des revendications d’un isolationnisme ou exceptionnalisme « britannique ». Pourtant, dans son ouvrage Nulle île n’est une île (2005), Carlo Ginzburg met en doute l’idée même d’insularité, celle-ci n’étant jamais que géographique. La porosité des frontières empêche en effet la construction d’une identité radicalement insulaire, imperméable aux influences externes. La référence à John Donne fait apparaître le lien entre l’individu et le collectif : « No man is an island, entire of itself ; every man is a piece of the continent, a part of the main. » (Meditation XVII). Ainsi, alors même que la première modernité est souvent perçue comme le moment où émerge l’idée d’individu, penser la nation suppose un dialogue entre singularité et pluralité.
L’identification à la nation est donc à la fois individuelle et collective, mais n’est pas pensée, ressentie et représentée par tous de la même manière. Selon Richard Helgerson (1992), une identité commune passe par un langage commun ; de même, la construction de la nation passe par la construction parallèle de la figure de l’écrivain. Comment une œuvre peut-elle exprimer une idée collective ? Comment les luttes de rivalité et d’émulation entre des identités nationales naissantes peuvent-elles favoriser l’émergence d’une figure de poète ? Pour Helgerson, l’Angleterre façonnée par le biais de l’écriture (chroniques, poésie, théâtre, essais…) se révèle être une Angleterre aux multiples facettes : peut-on concilier cette pluralité avec l’unicité a priori inhérente à l’idée de nation ? Comment l’individu peut-il s’identifier à la nation ou, au contraire, s’en distancier ?
Les participant.e.s sont invité.e.s à réfléchir, entre autres, aux axes suivants :
• Inclusion ou exclusion de communautés ou d’individus dans les textes : rapport à l’étranger, questions irlandaise et écossaise, poésie aristocratique / théâtre populaire.
• Réappropriation de formes et de genres littéraires continentaux, adaptés pour correspondre aux réalités anglaises et se démarquer d’une tradition littéraire continentale.
• Tension entre le rejet du Continent et la recherche de liens avec un passé mythique qui s’inscrit dans une géographie continentale.
• Affirmation ou négation des figures de l’écrivain national : translatio imperii et studii et style individuel. Poète inspiré et nation élue.
• Insularité et frontières : cartographie de la nation ; rapport entre le territoire vécu et l’individu. Relations entre territoire réel et territoires imaginaires.

Les communications, d’une quinzaine de minutes, se feront de préférence en français.
Les propositions sont à envoyer avant le 31 octobre 2019 conjointement à Meriel CORDIERAlix DESNAIN et Pádraic LAMB. Les participant.e.s seront informé.e.s de la décision des organisateurs et du comité scientifique avant le 1er décembre 2019.
Les propositions de communication devront comprendre un titre, un résumé de 300 mots environ, ainsi qu’une courte bio-bibliographie.
Les communications présentées lors de cette table ronde pourront faire l’objet d’une publication.
 

Comité scientifique :
Sophie CHIARI, Université Clermont Auvergne, IHRIM (UMR 5317).
Isabelle FERNANDES, Université Clermont Auvergne, IHRIM (UMR 5317).
Mickaël POPELARD, Université de Caen-Normandie, ERIBIA (EA 2610).
Rémi VUILLEMIN, Université de Strasbourg, SEARCH (EA 2325).

 
 Appel

Informations pratiques

À envoyer avant le
31 octobre 2019

Documents à télécharger