Textes versifiés satiriques du XVIIIe siècle (1715-1789) : le poème satirique au XVIIIe siècle

Responsable scientifique : Henri Duranton


Faute de mieux, on retiendra ce terme générique en admettant qu’il se décline de mille manières, et qu’on le baptise volontiers de noms différents. Il revêt les formes les plus variées, et d’abord par sa longueur. On trouvera aussi bien des épigrammes qui se contentent de deux vers que de fort longs poèmes égrenant des centaines d’alexandrins. Ces textes se réclament des genres littéraires les plus divers, étant souvent des parodies de formes connues : pseudo-centuries de Nostradamus, Noëls burlesques, ci-gît assassins, quatrains à l’inévitable pointe finale, parodies de pièces de théâtre adaptées aux événements du moment, paraphrases du Notre Père, etc. Enfin et surtout, on les chantera sur des airs à la mode, que ce soit Joconde, l’air des Pendus, l’Alleluia, voire sur le mode gaillard, la célèbre Béquille du Père Barnaba.
À eux tous, ces poèmes proposent une sorte de chronique irrespectueuse du temps, vif contrepoint d’une histoire officielle, sévèrement contrôlée et manipulée par le pouvoir. Ils se retrouvent dans les correspondances du temps ou chez les mémorialistes. Ils sont surtout conservés dans d’innombrables «  chansonniers  » manuscrits (environ 400 recensés). Leur dispersion, la variété de leurs avatars, leur incroyable pullulement en décourageaient jusqu’à une date récente une exploration systématique.
Le site entend remédier à cette aporie par un dépouillement exhaustif de tous les recueils existants. Il accueille tous les textes relevant de cette pratique, créés entre 1715 et 1789, avec compilation systématique de toutes les références et, dans la mesure du possible, des variantes que la circulation manuscrite de cette littérature interdite rend inévitables.
Le Chansonnier Historique du XVIIIe siècle conçu dans les années 1880 par Emile Raunié, réalisation très remarquable, occupait dix volumes. Il reprenait 1600 textes. Le site Satires18 en accueille plus de 6000, dont certains fort longs (jusqu’à 1800 vers). Et l’enquête est loin d’être terminée. C’est dire que la reprise par les formes traditionnelles de l’imprimé s’est révélée d’emblée impossible. En outre la version informatique adoptée encourage un dialogue avec les divers spécialistes qui sont à même de proposer corrections ou compléments.
Le site Satires18, résultat de quinze ans de prospection, a été ouvert à l’automne 2012. Sous l’égide scientifique du centre Claude Longeon, il a été créé par les services informatiques de l’université de Saint-Étienne, qui en assurent la maintenance et l’amélioration.
Il a reçu le meilleur accueil de la communauté scientifique, ce qu’attestent les quelque 700 consultations mensuelles constatées à ce jour et les réactions individuelles de collègues spécialistes un peu partout dans le monde.
À ce jour on peut estimer que la moitié à peu près des sources disponibles a été dépouillée et exploitée. L’enquête se continue à un rythme régulier qui implique de nombreux déplacements dans les fonds parisiens (BnF, Arsenal, Mazarine, Bibliothèque historique de la ville de Paris pour s’en tenir aux principaux).
Pour plus de renseignements on voudra bien se reporter au site, qui propose, outre les textes, une présentation complète de cette littérature ainsi qu’une bibliographie des recueils.

Voir en ligne : https://satires18.univ-st-etienne.fr/