Humanités numériques et épistémologie des éditions

On s’interroge sur l’histoire des conceptions éditoriales savantes, sur le devenir de l’héritage philologique humaniste, en lien étroit avec les travaux passés et présents sur le français pré-classique et classique – ainsi que sur le néo-latin – menés dans un dialogue disciplinaire avec les linguistes, ainsi que sur l’usage et les mutations que connaît, par exemple, la pratique érudite de l’annotation. Est aussi en projet un colloque international sur les questions relatives à l’édition critique envisagées selon une perspective séculaire large.

Parallèlement, le nombre et l’importance des projets déjà conduits au sein de nos équipes ainsi que la reconnaissance dont ces réalisations jouissent auprès des spécialistes de leur domaine et d’un public plus large, justifient pleinement que l’édition numérique soit intégrée à nos réflexions dans ses spécificités, tant au niveau théorique que pratique. D’une part, les acteurs des projets déjà en ligne souhaitent poursuivre le développement de leurs sites en le pensant dans la durée. D’autre part, ils entendent accompagner et soutenir la mise en place de nouveaux projets d’édition numérique au sein du futur laboratoire et à sa marge. À la traditionnelle science de la philologie, la technologie moderne apporte une abondance, une accessibilité et une rapidité extraordinaires. C’est une révolution dans la philologie, ou plutôt c’est une révolution technologique qui permet de mieux réaliser les ambitions initiales de la philologie et d’ouvrir celle-ci à des possibilités qui étaient encore inimaginables il y a peu. Cette révolution doit être accompagnée d’une réflexion théorique, épistémologique et pratique sur l’édition numérique et surtout sur son devenir dans le temps, hors de la matérialité intangible du livre.

Car le numérique n’est pas simplement un accélérateur, un démultiplicateur, ou un diffuseur des éditions : il ouvre de nouvelles voies scientifiques d’accès aux textes, il repère des parcours de lecture, et en ce sens doit être au cœur des recherches actuelles. Dans cet esprit, on investit et lie entre elles trois directions de recherche qui nourrissent également les enseignements dispensés dans le cadre de la formation des jeunes chercheurs :

  • définir et expérimenter des formes éditoriales numériques innovantes, ouvrant des possibilités complémentaires aux éditions papier (cf. les projets Dossiers de Bouvard et Pécuchet, Pensées de Pascal, Montesquieu, Sources médiévales, etc.) ;
  • explorer les apports du numérique au questionnement littéraire, philosophique, linguistique, et à l’étude renouvelée des œuvres et des corpus par l’annotation numérique, les concordances dynamiques, les statistiques textuelles, etc. (cf. les projets Skepsis, Base de Français Médiéval, Mondes Humanistes et Classiques, Correspondance de Pierre Bayle, etc.) ;
  • concevoir, développer et évaluer des logiciels (comme la plateforme TXM, en version locale pour poste, et en version portail en ligne) en adéquation avec une approche des textes dans l’esprit de la recherche en sciences humaines et sociales, intégrant en particulier la qualité philologique des données.

Pour ancrer solidement ces réalisations effectives et à venir dans la dynamique plus vaste des Humanités numériques, est menée une réflexion théorique qui s’accompagne d’une dissémination toujours plus large des bonnes pratiques. La production d’une thèse d’informatique codirigée par un membre de l’équipe, dans une nécessaire perspective interdisciplinaire, alimente opportunément la réflexion sur la spécificité des éditions électroniques en mettant au jour une approche générique de leur construction. L’appartenance de plusieurs projets au consortium CAHIER est aussi un élément propre à soutenir cette double démarche en favorisant les échanges de données et de méthodes, en offrant un cadre favorable à l’évolution et à l’amélioration des pratiques, et en donnant accès à des formations.