Humanités numériques et épistémologie des éditions

On s’interrogera sur l’histoire des conceptions éditoriales savantes, sur le devenir de l’héritage philologique humaniste, en lien étroit avec les travaux passés et présents sur le français pré-classique et classique – ainsi que sur le néo-latin – menés dans un dialogue disciplinaire avec les linguistes, ainsi que sur l’usage et les mutations que connaît, par exemple, la pratique érudite de l’annotation. Un projet de colloque international sera mené au début du prochain contrat sur les questions relatives à l’édition critique, qu’il s’agira désormais d’envisager selon une perspective séculaire élargie. Les textes issus des communications seront retravaillés dans l’objectif de la publication, en cours de contrat, d’un nouvel ouvrage collectif. Le nombre et l’importance des projets déjà conduits au sein de nos équipes ainsi que la reconnaissance dont ces réalisations jouissent auprès des spécialistes de leur domaine et d’un public plus large, justifient pleinement qu’une étude soit spécialement dévolue à la prise en compte des spécificités de l’édition numérique, tant au niveau théorique que pratique. D’une part, les acteurs des projets déjà en ligne souhaitent poursuivre le développement de leurs sites en le pensant dans la durée. D’autre part, ils entendent accompagner et soutenir la mise en place de nouveaux projets d’édition numérique au sein du futur laboratoire et à sa marge.
À la traditionnelle science de la philologie, la technologie moderne apporte une abondance, une accessibilité et une rapidité extraordinaires. La technologie moderne doit être mise au service de la philologie classique : c’est une exigence d’efficacité et d’économie. La diffusion numérique met l’ensemble de nos productions à la portée de tout le monde immédiatement. C’est une révolution dans la philologie, ou plutôt c’est une révolution technologique qui permet de mieux réaliser les ambitions initiales de la philologie et d’ouvrir celle-ci à des possibilités qui étaient encore inimaginables il y a peu. Cette révolution doit être accompagnée d’une réflexion théorique, épistémologique et pratique sur l’édition numérique et surtout sur son devenir dans le temps, hors de la matérialité intangible du livre.
Pour ancrer solidement ces réalisations effectives et à venir dans la dynamique plus vaste des Humanités numériques, sera entreprise une réflexion théorique qui s’accompagnera d’une dissémination toujours plus large des bonnes pratiques. La production d’une thèse d’informatique codirigée par un membre de l’équipe, dans une nécessaire perspective interdisciplinaire, va opportunément alimenter la réflexion sur la spécificité des éditions électroniques en mettant au jour une approche générique de leur construction. L’appartenance de plusieurs projets au consortium CAHIER est aussi un élément propre à soutenir cette double démarche en favorisant les échanges de données et de méthodes, en offrant un cadre favorable à l’évolution et à l’amélioration des pratiques, et en donnant accès à des formations.