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Histoire des idées et des systèmes philosophiques, politiques et sociaux des modernités

Responsables de l'axe : Sophie Chiari , Mogens Laerke , Catherine Volpilhac-Auger

Historiographie, méthode et réception

Ce sous-axe vise à développer une méthodologie et une pratique réflexive sur nos champs d’études respectifs (philosophie, littérature, études théâtrales, anthropologie, histoire politique…) afin d’historiciser de manière systématique les concepts utilisés et de tenter de définir précisément ce qu’est aujourd’hui l’« histoire des idées ». Cela passe par l’examen des courants méthodologiques qui orientent la pratique de l’histoire des idées et des représentations, qu’il s’agisse du néo-historicisme, des théories de la réception ou du perspectivisme historique, ou encore de l’histoire des idées « à la française », de l’histoire intellectuelle, de l’histoire des concepts en vigueur dans la pensée allemande, ou enfin des approches qui dominent aujourd’hui parmi les historiens des sciences, avec l’étude des controverses, la sociologie des sciences, etc. En plaçant ces débats méthodologiques dans une perspective historique qui les relie et les étudie en termes d’évolution et de variations, nous cherchons à retracer le jeu complexe des héritages et des ruptures plus ou moins déclarés qui font émerger ou accompagnent le renouvellement de la vie intellectuelle. Il s’agit donc aussi d’explorer tous les phénomènes de réception ou construction/ reconstruction, de transmission (y compris par la traduction), de transposition, d’approfondissement ou de diffusion, mais également de censure, d’occultation, de détournement, qui transforment nos modes de pensée.

Texte et système

Ce thème s’articule autour des problématiques relevant de l’étude interne des textes et des œuvres. L’IHRIM héberge l’édition critique de plusieurs grands auteurs, notamment en philosophie moderne (les Pensées et les Provinciales de Pascal, la Correspondance de Pierre Bayle, les Œuvres complètes de Spinoza, les Œuvres complètes de Montesquieu, entre autres). De par leur nature même, ces travaux encouragent le retour aux textes : un établissement critique rigoureux constitue en effet le point de départ nécessaire pour toute étude de la construction interne d’un texte, complémentaire à la réflexion historique externe qui est au centre du thème 4.A. Il permet d’étudier avec précision les structures profondes qui donnent aux textes leur unité et cohérence, qu’ils soient porteurs d’une architectonique imaginaire, conceptuelle ou expérimentale, littéraire, philosophique ou scientifique. Les structures, styles et formes des textes s’explorent par l’étude systématique des tropes, des concepts, des arguments et des modèles qui y émergent, en dialogue constant avec le contexte historique et les circonstances de composition et de réception. Chaque terme, même s’il s’appuie sur le langage ordinaire ou sur des significations héritées des auteurs antérieurs, est redéfini par son inclusion dans une nouvelle structure. Chaque auteur définit ainsi non seulement ses notions, mais aussi sa démarche, la forme qu’il confère à ses énoncés, dans un rapport complexe à l’expérience commune et à ses formes de cohérence. L’étude minutieuse du lexique des auteurs se prolonge alors directement dans l’analyse des représentations, des concepts, des tropes, et des formes : la linguistique historique sert à mieux circonscrire les champs lexicaux qui, à la fois, véhiculent et limitent les significations possibles des textes ; l’étude formelle des termes, de leurs occurrences et de leurs variantes, permet de relever les régularités terminologiques, argumentatives et stylistiques auxquelles les textes doivent leur cohérence propre.

Histoire des idées politiques et juridiques

L’IHRIM part du présupposé que l’histoire des idées politiques et juridiques éclaire les textes littéraires et inversement, refusant toute hiérarchie préétablie. Il s’agira donc ici de décloisonner la science juridique et de l’ouvrir à différents domaines (théologiques, politiques, économiques, littéraires, linguistiques…) étudiés par les membres de l’axe 4. On abordera en outre ce domaine d’un point de vue comparatiste puisque certains membres se spécialisent dans l’analyse des idées politiques et juridiques du monde anglophone (règne des Tudor, Glorieuse Révolution), tandis que d’autres travaillent sur la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, ou d’autres pays européens.
Parmi les questions d’ordre doctrinal qui seront reconsidérées, le thème 4.C reviendra sur la genèse de l’État en complexifiant trois des présupposés par lesquels on l’explique d’ordinaire : la sécularisation, dans laquelle interviennent de multiples modes d’articulation du théologique et du politique ; l’autonomie du juridico-politique, qui méconnaît les effets des conflits internes à la société ; et l’illusion que l’histoire de l’État pourrait s’écrire par la seule prise en compte de sa structure institutionnelle et de ses conceptualisations, et non pas comme le produit, sans cesse remis en mouvement, des agencements de pouvoirs régissant, à chaque époque, l’organisation sociale.
Ce sous-axe sera donc non seulement l’occasion de revenir sur les grandes figures du changement de la vie politique et juridique (les membres de l’IHRIM s’intéressent tout particulièrement à des philosophes politiques tels que Bacon, Naudé, Hobbes, Spinoza, Leibniz, Montesquieu, Rousseau), mais aussi de remettre en cause les héritages, les appartenances et les classifications théoriques, et de tracer les lignes qui relient l’analyse conceptuelle des grands systèmes de la pensée politique et juridique à la sociologie historique, à l’analyse institutionnelle, ou à l’histoire de la rationalité économique.

L’homme et la nature

Ce sous-axe 4 a vocation à repenser les rapports complexes entre l’homme et la nature et à retracer leur évolution du 16e au 19e siècle. Il s’agit ici de faire dialoguer histoire de la philosophie et histoire de la littérature en prenant en compte les apports majeurs de l’Antiquité dans ce domaine (Lucrèce, Pline, Galien…) et en s’intéressant à l’écologie politique et aux apports récents de l’éco-critique (sans s’interdire de les remettre en cause).
Les spécialistes de philosophie moderne projettent, en exploitant l’archéologie foucaldienne et l’anthropologie de la nature de Philippe Descola, de corréler le socle épistémique formé de la Renaissance aux Lumières autour de la notion de nature, vite opposée à celle de société, avec le travail en profondeur de la première colonisation sur l’ensemble des pratiques sociales, économiques et politiques de l’Occident.
De leur côté, avant de revisiter eux-mêmes dans cette perspective les littératures relevant de leurs compétences respectives, les anglicistes, les américanistes et les francisants envisagent de rassembler les éléments fondamentaux de la conscience environnementale contemporaine de l’industrialisation en étudiant des textes critiques et théoriques constitutifs de l’éco-critique. Ils comptent ainsi être en mesure d’analyser et déconstruire la notion de pastorale à l’œuvre dans des textes dramatiques prémodernes (Shakespeare, Sidney, Spenser en Angleterre) ainsi que dans des récits poétiques et littéraires plus récents (Thoreau ou d’autres figures du transcendantalisme aux Etats-Unis). Les membres de l’axe 4 soucieux de prendre en compte les mutations de la science, de mettre en relation pensée et mathématiques et, par conséquent, de croiser leurs recherches avec celles entreprises dans le cadre de l’axe 2 (« Histoire et imaginaire des techniques et des sciences »), se pencheront plus précisément sur le concept de « natural philosophy » en le mettant en relation avec les sciences et les croyances de la première modernité.

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