Fiction et sciences

Ce thème s’inscrit dans un courant critique qui se développe depuis plusieurs années en France autour de l’analyse des rapports entre sciences et discours littéraire. Définie d’abord par Michel Pierssens à travers le concept d’épistémocritique, cette approche théorique s’appuie sur l’interdisciplinarité pour interroger les textes sous l’angle des échanges réciproques entre champ scientifique et champ littéraire, mettant en évidence des procédures cognitives et rhétoriques communes. Elle récuse la radicale séparation des deux régimes de discours scientifique et littéraire, la bipolarisation des « deux cultures », selon la formule de C. P. Snow qui a cristallisé, en 1959, une conception dualiste. On s’intéressera ainsi notamment à des textes hybrides, qui échappent à toute tentative d’assignation dans un camp ou un autre. On s’interrogera sur le geste même de la vulgarisation, sur le travail de médiation accompli par des auteurs qui relient en un continuum indissoluble les espaces contigus des sciences et des lettres.

L’enjeu des recherches ne sera pas d’engager une quête des sources scientifiques dont le texte littéraire viendrait se saisir, afin d’analyser les processus de transformation et de réécriture amenés par l’entrée dans l’œuvre littéraire. Cette optique conserve en effet le modèle de la littérature comme mode d’appropriation et de traduction plus ou moins fidèle des sciences. Moins que l’étude des mécanismes d’un transfert, qui n’est jamais simple, des sciences vers la littérature, une des ambitions de ce thème de recherche sera davantage la mise en évidence de la dimension épistémique propre qui se joue dans l’écriture de l’ensemble des corpus considérés dans ce thème, qu’il s’agisse de fictions littéraires, de codes, d’encyclopédies et dictionnaires ou de presse de vulgarisation.