Orthodoxies, hétérodoxies, idéologies

Ce premier axe se concentre sur la matrice doctrinale, idéologique et institutionnelle qui conduit à dégager un pôle dominant à même d’imposer ses propres catégories, et sur la manière dont diverses dissidences et manifestations de l’altérité s’expriment face à ce mécanisme qui se veut unilatéral.
Si l’intitulé reprend les termes des instances dominantes en usage jusqu’à aujourd’hui, il exprime bien les rapports de force qui sont étudiés ici de manière critique. À l’entreprise d’imposition d’un mouvement qui se présente comme majoritaire et légitime, répondent de nombreuses tactiques de résistances et de subversions plus ou moins directes qui peuvent conduire à des phénomènes d’excommunication et de schisme. Quoiqu’elle prétende incarner une unité, l’orthodoxie elle-même, qu’elle soit ecclésiale ou étatique, est traversée de tensions qui doivent être prises en compte afin de distinguer les représentations canoniques produites par les instantes dominantes de la réalité et de la diversité des pratiques. Dès lors, seule l’étude historicisée des différents rapports de force permet de nommer les phénomènes sans les figer au moyen d’antonymes et de saisir l’altérité et les différentes facettes des idéologies dans leur complexité, et leurs ambivalences. Elle se déploie en plusieurs directions. En premier lieu, il s’agit de comprendre la place de l’élaboration normative dans la marche des institutions et la manière dont elle conditionne avec plus ou moins de succès les mécanismes du jugement et d’imposition des catégories. En deuxième lieu, les effets de cette polarisation ne sont mesurables que relativement aux expressions qui se déploient en marge ou contre ces mécanismes, qu’elles relèvent de la clandestinité, du libertinage, de l’anarchisme, de la mystique ou d’autres dissidences polymorphes. Enfin, cette inventivité doctrinale et sociale conduit à problématiser plus largement les catégories identitaires, les effets de minorité et d’altérité qu’elles peuvent mettre en évidence, les idéologies coloniales qui ont pu naturaliser une domination politique et culturelle, mais aussi l’héritage sans cesse réévalué des modernités.