Altérités culturelles

Cet axe s’ouvre aux études postcoloniales et à l’apport d’Edward Saïd dans ce domaine, mais aussi de penseurs indiens du XXe siècle, dans un dialogue à la fois critique et constructif. D’où le pluriel d’« orientalismes », nécessaire dès lors qu’on cherche à varier les auteurs, les genres, les époques et les aires culturelles (l’Orient ottoman à l’époque des Lumières, l’Orient méditerranéen au XIXe siècle, le Maghreb…). Contre toute forme d’essentialisation des cultures, on privilégiera, dans une perspective historicisante, les circulations esthétiques et les modélisations idéologiques, plutôt que les systèmes d’oppositions binaires aux frontières étanches, que ce soit pour étudier des figures comme celle du Noir dans l’Algérie coloniale, ou un discours comme celui du cosmopolitisme, qui ne se limite pas à l’Europe. Au-delà des projections occidentales sur un Orient « fabriqué », on voudrait aussi explorer, dans une perspective comparatiste large, des questions de réception, de transferts et de regards croisés, à travers l’étude des traductions des récits de voyage. Enfin, la prise en compte d’une approche critique comme celle des subaltern studies permet de réexaminer comment la présence de la voix humaine dans la littérature peut participer à la construction des identités « autres », mais aussi comment elle peut nourrir la réflexion sur une figure sous-évaluée comme celle de l’esclave, dont on peut se demander si ce n’est pas la littérature de fiction qui, avant les récits autobiographiques, lui a donné la parole.