Constitutions, réceptions, contestations

Dans le domaine artistique (théâtre, musique, beaux-arts), il s’agit de faire émerger des ensembles normatifs et des pratiques de codification encadrant la création. L’édition et l’étude de ces corpus, ainsi rendus à une lisibilité nouvelle, visent à interroger sur un mode critique les scansions historiques admises. On interrogera par exemple les scansions élaborées a posteriori, qui hiérarchisent et historicisent des phénomènes artistiques passés, ou encore la capacité des dictionnaires (de musique, de jeu théâtral) à saisir les surgissements et les renouvellements esthétiques avant de les faire entrer dans un nouveau système normatif. Cela permettra de mieux comprendre comment des pratiques et des formes ont pu être désignées en leur temps et intégrées dans un processus de codification postérieur à la création, tout en prétendant parfois réguler la création à venir. Est enfin intégrée à l’étude une approche lexicographique porteuse d’une réflexion sur le vocabulaire des arts et ses évolutions.

Dans le domaine littéraire, il s’agit d’interroger historiquement la délimitation spatiale, temporelle et disciplinaire des littératures, par exemple de la littérature française. Selon une démarche résolument réflexive, on reviendra à la fois sur les conditions institutionnelles et sur les implications idéologiques de ce singulier collectif (« la littérature française ») qui semble avoir longtemps prévalu comme catégorie naturelle en usage dans le discours de la critique et de l’histoire littéraire nationale. La constitution d’une littérature dite nationale suppose l’imposition d’une version majoritaire de la tradition, version issue de rapports de forces dont témoignent exemplairement les luttes mémorielles autour du canon. On étudiera ainsi les processus d’inclusion et d’exclusion autour des panthéons symboliques, on analysera les brevets de représentativité française ou les dénis d’appartenance nationale, on s’interrogera enfin sur la logique à l’œuvre dans les processus de qualification et de disqualification disciplinaires. Ces questionnements procèdent d’une généalogie critique concernant la mise en place des échelles de valeurs qui régissent encore pour partie l’institution actuelle des lettres modernes.