Séminaire « Modernités britanniques »

Culture matérielle dans l’Angleterre des XVIe et XVIe siècles

La séance sera consacrée à la peinture et à la poésie dans l’Angleterre de la première modernité.

Résumés :

« L’objet du ‘limner’ à la période élisabéthaine »

Anne-Valérie Dulac (Maître de conférence à Paris-Sorbonne) :
Les termes qui désignent le travail du miniaturiste à la période élisabéthaine sont très différents de ceux que l’histoire de l’art ou la littérature utilisent aujourd’hui pour décrire ces mêmes œuvres. Le mot "miniature" lui-même ne s’applique pas encore aux portraits de petite taille dont les plus connus en Angleterre à cette époque sont ceux de Nicholas Hilliard. La variété des termes employés pour dire la miniature a, pour les études littéraires, une conséquence double. Elle rend tout d’abord difficile dans certaines œuvres la reconnaissance et l’identification de l’objet de manière définitive. Mais elle problématise et nourrit également une réflexion sur ce qui caractérise la miniature pour l’écrivain qui la mobilise comme métaphore ou objet. Quelles sont les spécificités de la miniature à la période élisabéthaine et quelles sont les raisons qui peuvent amener un poète ou un dramaturge à privilégier cette technique plutôt qu’une autre ? L’instabilité lexicale permet au lecteur de saisir la complexité de l’objet miniature en littérature et d’ouvrir la voie à des rapprochements entre le travail du miniaturiste et celui d’autres aquarellistes de la période, pour des raisons de technique et d’effet plutôt que pour des questions de taille. Le format du portrait miniature n’est en effet pas toujours premier ni dans la caractérisation de l’œuvre picturale ni dans les motifs qui président au choix de la miniature comme image privilégiée en littérature. Nous envisagerons dès lors, à l’étude d’exemples tirés du théâtre, de la poésie et de la prose, la richesse encore partiellement inexplorée de la référence à la miniature dans la littérature de la période élisabéthaine.

« La matérialité de la peinture du poète satiriste »

Anne-Marie Miller-Blaise (Maître de conférence, Membre junior de l’IUF, Paris 3 – Sorbonne Nouvelle)

La célèbre formule Ut Pictura Poesis n’a jamais eu plus de sens dans l’histoire de la littérature anglaise qu’à l’époque élisabéthaine : et la peinture et la poésie sont conçues comme deux formes particulièrement émouvantes, et donc convaincantes, de rhétorique et constituent, à ce titre, des outils privilégiés du dessein humaniste qui est d’instruire tout en plaisant (Philip Sidney, An Apology for Poetry). Mais que devient cette analogie lorsqu’on regarde de plus près les techniques propres à chacun de ces deux arts ? Le poète se pense-t-il vraiment comme un peintre et mobilise-t-il jusqu’aux procédés inédits et aux matériaux d’une peinture élisabéthaine qui, bien que moins développée que sur le Continent, inventent ses techniques propres ? Patricia Fumerton a brillamment démontré la façon dont le travail du sonnettiste de la fin de la période élisabéthaine pouvait être rapproché des techniques très particulières mises en œuvre dans la miniature (limning). Qu’en est-il, cependant, de d’autres genres poétiques ? Notre propos concernera les satires en vers et les élégies qui s’élaborent à la toute fin du 16e siècle dans la tradition romaine et qui répondent à un art du sonnet qui semble s’épuiser. On tentera de mettre en lumière la façon dont le satiriste / élégiste (John Donne en particulier) ne se contente pas de tourner en dérision les topoi de la poésie néo-pétrarquiste mais, qu’en s’inscrivant subtilement dans l’écart par rapport aux matériaux précieux du limner, a recours, ou peut-être même invente, une autre matérialité, bien plus organique, de la peinture (et) de la poésie.

 
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Informations pratiques

Clermond-Ferrand

MSH
4 rue Ledru
Salle 219

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