L’ “Amour qui n’ose pas dire son nom” : comment s’écrivent les homosexualités en France au XIXe siècle ?


Comité d’organisation

Stéphane GOUGELMANN Maître de conférences en littérature française, UJM Saint-Étienne
Jean-Marie ROULIN Professeur de littérature française, UJM Saint-Étienne


Dans le cadre des études Genre menées au sein de l’IHRIM, l’équipe stéphanoise de l’Institut organise un colloque consacré à cette homosexualité « qui n’ose pas dire son nom », au féminin comme au masculin.
Le but précis est d’interroger les moyens et les fins des stratégies littéraires pour nommer cet innommé, analyser les processus de communication autour de cet objet qui tantôt se dérobe, tantôt exploite les ruses de l’allusion ou les détours de l’intrigue pour se dire, ou bien se fige dans les stéréotypies admises. La réflexion doit permettre de comprendre les systèmes d’encodage et de décodage, de cryptage et de décryptage, mais aussi les effets de connivence avec le lecteur ou la lectrice ou, au contraire, de rupture paradoxale ou provocatrice. In fine, on se demandera si le jeu des déplacements, des équivoques ou de la fiction contribue à constituer une vision nouvelle ou singulière des homosexualités en France au XIXe siècle.
Cependant, ces phénomènes d’énonciation ne peuvent être dissociés des socles axiologiques et épistémologiques sur lesquels ils s’appuient, ou qu’ils contredisent. La littérature communique nécessairement avec d’autres types d’énoncés (juridiques, cliniques, journalistiques, etc.) par rapport auxquels elle se construit. Elle peut elle-même dessiner une sociologie, une psychologie, une phénoménologie, voire une ontologie des homosexualités. Même par euphémisme, métaphore ou métonymie, elle contribue à véhiculer des images qui renforcent, brouillent, défont ou refondent des « identités » homosexuelles, dans la France du XIXe siècle. Par contrecoup, elle interroge les structures sociales et familiales et vient déranger l’ordre politique : les homosexualités peuvent exprimer une subversion sociale.
Tous les genres littéraires peuvent être envisagés. Mais nous insistons sur la dimension littéraire de l’exploration à mener : existent déjà des études sur l’histoire des homosexuel.le.s, que ce soit sous l’angle culturel, linguistique, sociologique, idéologique, médical ou juridique. Si certains travaux, comme le numéro 159 de Romantisme consacré à « Sodome et Gomorrhe » (2013), ouvrent des perspectives stimulantes, les analyses littéraires en ce domaine sont plus rares, du moins dans l’aire géographique et la période qui nous occupent – la France au XIXe siècle.
Par XIXe siècle, nous comprenons la période qui s’étend de la Révolution à la veille de la Grande Guerre. Si l’on veut des bornes moins politiques et plus littéraires, on estimera que le champ d’observation commence avec Sade et s’arrête aux portes de l’œuvre proustienne. Les propositions portant sur le premier XIXe siècle sont vivement encouragées, la fin de siècle étant plus balisée.
La question envisagée se situe au croisement des études Genre, de l’étude du style et des idées, de la poétique et de l’histoire, mais d’autres approches sont également les bienvenues.

Comité scientifique

Sarah AL-MATARY, Maîtresse de conférences en littérature française, Université Lumière Lyon 2 ;
Claire BAREL-MOISAN, Chargée de recherches, CNRS-IHRIM, ENS de Lyon ;
Éric BORDAS, Professeur de stylistique, ENS de Lyon ;
Stéphane GOUGELMANN, Maître de conférences en littérature française, UJM Saint-Étienne ;
Nigel HARKNESS, Professeur de littérature française, Newcastle University ;
Christine PLANTÉ, Professeure émérite de littérature française et d’études sur le Genre, Université Lumière Lyon 2 ;
Jean-Marie ROULIN, Professeur de littérature française, UJM Saint-Étienne.

 
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