Port-Royal et l’interprétation des Écritures


Pilotage scientifique :
Hubert AUPETIT (IHRIM – chercheur associé)
Simon ICARD (CNRS-LEM)
Élisabeth VUILLEMIN (IHRIM – doctorante)
Contacts : Simon ICARD et Elisabeth VUILLEMIN

ARGUMENT

Port-Royal a durablement marqué la culture biblique française, tant par les débats qu’il a provoqués que par les écrits qu’il a laissés. Après le concile de Trente, dans les pays majoritairement catholiques, les traductions de l’Écriture en langue vernaculaire suscitent une forte méfiance, car elles sont susceptibles de véhiculer des erreurs doctrinales et de favoriser le libre examen tel que le conçoivent les Réformés. Port-Royal agit donc à contre-courant en entreprenant sa traduction de la Bible en français, à partir de la Vulgate Sixto-Clémentine, mais aussi en revenant aux versions hébraïque et grecque.
La Bible de Port-Royal, dite « de Sacy », n’est pas une terre inconnue, comme le montre la bibliographie sélective rappelée plus bas, mais les problèmes qu’elle soulève restent largement inexplorés. Le colloque propose d’étudier l’interprétation de la Bible dans le milieu de Port-Royal. Cette interprétation correspond aux deux actes et aux deux genres littéraires que sont la « traduction » et le « commentaire » ; ces deux genres littéraires sont réunis dans la Bible de Port-Royal, « en français avec des explications tirées des saints Pères et des auteurs ecclésiastiques ». Une étude de l’interprétation porte aussi bien sur les formes et les méthodes qu’elle adopte que sur le sens et ses enjeux. En cela, il serait réducteur de s’en tenir à la seule Bible de Sacy, aussi centrale soit-elle : le processus interprétatif se déploie dans l’ensemble du corpus port-royaliste lorsqu’il entreprend de lire les Écritures, c’est-à-dire de faire entendre la Parole de Dieu. Le colloque se veut donc une contribution restreinte à un sujet beaucoup plus vaste : Port-Royal et la Bible.
Dans une perspective pluridisciplinaire, les communications pourront porter, sans exclusive, sur des domaines comme la philologie, la traductologie, l’herméneutique, la théologie, l’histoire des controverses, la sémiologie, l’iconographie, la littérature. Une pluralité de méthodes est souhaitée. Deux axes de recherches seront privilégiés : parcourir les lieux de l’interprétation scripturaire, c’est-à-dire, les différents cadres dans lesquels l’interprétation de Port-Royal s’est constituée ; situer Port-Royal dans l’histoire longue de l’exégèse biblique.

Les lieux de l’interprétation scripturaire

Port-Royal se construit, symboliquement et pratiquement, autour d’un monastère de moniales cisterciennes. Son entreprise de traduction et de commentaire se détache d’un fond de polémiques intellectuelles et religieuses incessantes, jalonnant de pages illustres les lettres françaises. Ce parcours suggère cinq pôles d’interprétation scripturaire : la liturgie et la lectio divina ; les controverses théologiques ; le genre du commentaire et ses publics, de l’exégèse universitaire de Jansénius aux Réflexions morales de Quesnel ; les travaux de l’équipe de traduction dirigée par Le Maistre de Sacy ; l’œuvre littéraire de Port-Royal.
D’autres étapes peuvent être ajoutées à ce parcours. Le but est de mettre en lumière, autant qu’il est possible, les méthodes interprétatives à l’œuvre à Port-Royal et les postulats qui la fondent.

Port-Royal dans l’histoire de l’interprétation scripturaire

Port-Royal se situe à un moment charnière de l’histoire de l’interprétation chrétienne de la Bible. Dans sa volonté de revenir aux Pères de l’Église comme à des maîtres en matière d’explication biblique, Port-Royal peut apparaître comme l’un des derniers représentants d’une manière pluriséculaire d’interpréter les Écritures, fondée sur la recherche du sens spirituel dans le sens littéral, et qui connaît une forme d’exténuation au XVIIe siècle. Il conviendra toutefois de faire la part du mythe patristique et de prendre en compte à la fois le filtre médiéval apposé à l’exégèse antique et le rôle de Port-Royal dans les modifications opérées par le catholicisme classique au cœur de la doctrine des quatre sens de l’Écriture. De même, le passage d’ « explications tirées des saints Pères » à l’exégèse dite « critique », de Sacy à Richard Simon, est sans doute plus complexe qu’il n’apparaît dans une historiographie parfois trop téléologique, visant à chercher les origines de l’exégèse historico-critique des XXe et XXIe siècles. On peut formuler l’hypothèse que les interprétations protestantes jouent un rôle essentiel dans le projet de Port-Royal, à la fois comme stimulation et comme repoussoir. Par ailleurs, il serait intéressant de voir si l’opposition à la Compagnie de Jésus trouve un terrain de combat dans un domaine où les Jésuites excellaient. De manière plus générale, il conviendrait d’interroger la place qu’occupe Port-Royal dans le développement de pratiques interprétatives en marge des institutions ecclésiales, alors même que la Bible de Sacy s’inscrit dans le sillage des commentaires de Jansénius, professeur d’Écriture sainte à l’université de Louvain. L’entreprise de Port-Royal doit également être considérée dans le mouvement des humanités, caractérisé notamment par l’enseignement de l’hébreu et des langues orientales. Enfin l’opposition de Port-Royal et du figurisme janséniste au XVIIIe siècle mériterait d’être revisitée.

Bibliographie sélective :

Armogathe, Jean-Robert (dir.), Le Grand Siècle et la Bible, Paris, Beauchesne, 1989.
Bible (La), trad. Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, Paris, Robert Laffont, 1990.
Chédozeau, Bernard, Port-Royal et la Bible. Un siècle d’or de la Bible en France. 1650-1708, Paris, Nolin, 2007.
Chédozeau, Bernard, Le Nouveau Testament autour de Port-Royal. Traductions, commentaires et études (1697-fin du XVIIIe siècle), Paris, H. Champion, 2012.
Chédozeau, Bernard, L’Univers biblique catholique au siècle de Louis XIV. La Bible de Port-Royal. Les préfaces de l’Ancien Testament, une théologie scripturaire (1627-1708). Les préfaces du Nouveau Testament, Paris, H. Champion, 2013.
Sellier, Philippe, « La Bible de Port-Royal » ; « Traduire la Bible » ; « Élégance rhétorique et Évangile », Port-Royal et la littérature II. Le siècle de saint Augustin, La Rochefoucauld, madame de Lafayette, madame de Sévigné, Sacy, Racine, Paris, H. Champion, 2012, p. 146-211.

Visuel : Philippe de Champaigne, Saint Jérôme dans le désert

 
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