La Henriade de Voltaire : poésie, mémoire, histoire

Colloque international
Responsables scientifiques :
Daniele MAIRA, Université de Göttingen
Jean-Marie ROULIN, UJM Saint-Étienne / UMR 5317 IHRIM

  • La Henriade de Voltaire occupe une place à part dans notre histoire littéraire. Depuis le début du XXe siècle, elle a été effacée du patrimoine littéraire, gommée du corpus voltairien ; elle n’est plus beaucoup lue, ni disponible, à part la remarquable et très savante édition de Taylor pour les Œuvres complètes. Pourtant, ce poème s’est imposé comme une œuvre majeure au point d’articulation entre le classicisme louisquatorzien et le renouveau esthétique et philosophique des Lumières. Tout au long du XVIIIe siècle, il incarne, dans une superbe solitude, le rêve épique français et constitue, au fil de ses multiples rééditions, un carrefour capital de la vie littéraire et philosophique du XVIIIe siècle : les préfaces, notes et variantes de ses multiples rééditions offrent l’espace de débats historiographiques, poétiques ou philosophiques. Jusqu’aux premières années du XXe siècle, il reste une œuvre de référence, occupant une place de choix dans les manuels de littérature, notamment dans les Leçons françaises de littérature et de morale de Noël et de La Place. Œuvre tout à la fois oubliée et séminale, La Henriade témoigne du devenir de la poésie dans les années qui suivent la mort de Louis XIV, explorant la possibilité d’une épopée adaptée au nouvel esprit qui souffle sur la France et l’Europe. Poésie engagée politiquement et philosophiquement, elle ouvre de multiples enjeux, notamment l’histoire et à la mémoire des guerres de Religion, le débat sur la tolérance religieuse, le bilan du XVIIe siècle français, ou la philosophie de l’histoire se dégageant du providentialisme.
  • La Henriade est aussi une étape essentielle de la réflexion sur les guerres de Religion, entre autres sur la Saint-Barthélemy, à laquelle est consacré un des plus beaux chants. Elle constitue un jalon important dans la mémoire des guerres de Religion. À cet affrontement civil, le poème propose une issue, celle d’une nouvelle approche du religieux qui surgit, dans une formule restée célèbre et incessamment répétée : « Je ne décide point entre Genève et Rome » ; la réflexion de Voltaire sur la tolérance prend ici son essor. Par delà le brio de la formule, c’est toute une vision du politique et de la société qui se dessine sous l’ombre tutélaire de l’Angleterre, représentée ici dès les trois premiers chants par Elisabeth Ire, mise au rang des « grands hommes ». La Londres du XVIe siècle redouble ainsi celle que Voltaire a découverte entre 1726-1728 et dont il fera le portrait dans les Lettres philosophiques.
  • La publication de La Henriade a été une aventure éditoriale et intellectuelle qui s’est jouée entre Londres et Paris et s’est étendue de 1723, date de la parution de La Ligue, jusqu’à la mort de Voltaire. Elle s’est appuyée sur deux essais, parus an anglais, puis en français, touchant l’un aux questions poétiques (Essai sur la poésie épique), l’autre à la vision de l’histoire (Essai sur la poésie épique). Au fil des quelque soixante éditions parues du vivant de Voltaire, des paratextes constamment renouvelés développent les réflexions de l’auteur sur l’écriture épique ou sur l’histoire des guerres de Religion. La Henriade est ainsi un véritable chantier éditorial qui n’arrête de transformer ou d’enrichir la présentation matérielle du texte : à côté des notes de Voltaire (revues, augmentées ou supprimées par l’auteur), on trouve également les commentaires de Lenglet avec les variantes, et encore les débats sur la religion, la philosophie politique et la tolérance dans les diverses préfaces, dont celle de Marmontel (1746). L’histoire de ce poème ne s’arrête pas en 1778, mais se poursuit bien au-delà jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec d’autres « allongeails » importants qui permettent de comprendre la fortune et la réception de cette œuvre.

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