La politica de Johannes Althusius. Une entrée dans la modernité

Colloque organisé par Gaëlle Demelemestre dans le cadre de l’ENS de Lyon, du CNRS (Institut d’histoire des représentations et des idées dans les modernités, UMR 5317) en association avec l’Institut Michel Villey et l’Institut d’histoire du droit (Paris II)

Contact : Gaëlle Demelemestre

Dans un contexte géopolitique et social très perturbé, Althusius (1557-1638), un juriste allemand, publie la Politica Methodice digesta (3e éd., Herborn, 1614), qui promeut – entre autres – l’idée d’un exercice contrôlé du pouvoir et celle de démocratie directe « corporative ». De confession calviniste, Althusius utilise des notions appartenant à la tradition théologique et d’autres, issues de la réforme protestante, pour les remodeler et les appliquer au domaine politique. Ses analyses sociopolitiques sont d’autre part supportées par une mobilisation des traditions juridiques nationales – en particulier celle du droit coutumier germanique – et des anciens corps de droit.

Althusius appréhende la société humaine en prenant appui sur les données empiriques ressortant du commerce interhumain pour en déduire les formes d’organisations juridico-politiques adaptées à son épanouissement. Plurielles par essence, elles justifient une répartition subsidiaire des droits de souveraineté, ce qui fait d’Althusius le premier théoricien politique du fédéralisme.

Les modernistes ont porté une attention toute particulière à sa conception du pouvoir politique, et à sa thèse fédéraliste d’un nécessaire partage des droits de souveraineté entre les membres actifs de la république. Cette représentation de l’institution politique a été présentée à juste titre par Th. Hüglin comme un modèle de fédéralisme sociopolitique inédit dans l’histoire de la pensée, certainement encore trop insuffisamment valorisé.

Cette œuvre n’a cependant pas eu de postérité directe. Outre le fait que la théorie proposée allait à l’encontre du renforcement de la souveraineté centralisée que l’on observait alors, ceci peut aussi s’expliquer par la difficulté du lexique d’Althusius. Il s’agit d’un auteur délicat à comprendre parce qu’il forge des néologismes, sur des bases lexicales grecque et latine, pour mieux désigner ce qu’il entend montrer, analyser et théoriser. Il utilise d’autre part toutes les ressources du savoir disponibles à son époque pour proposer le modèle de ce qu’il appelle la « consociatio universalis symbiotia », remplaçant dans son esprit celui de la respublica bodinienne.

Un des objectifs de ce colloque est de réinscrire son œuvre dans son contexte historique et intellectuel pour en dégager des enseignements tant sur l’état du savoir politique et juridique au début du XVIIe siècle que sur sa postérité dans la modernité plus tardive. 2

Il aura pour fonction de repérer et expliciter les références qu’il utilise en les décentrant par rapport à leur contexte d’origine (« universitas », « convives », « communicatio », « civis officium », « federum »,…) ou en les réinvestissant chargées d’une nouvelle signification (« ephori », « comitia », « electio », « imperium », « negotium »…).

Il s’agira de préciser les références utilisées par Althusius par rapport aux traditions théologique/ecclésiologique (« lex fundamentalis », « lex respiciens vitam piam », « de Deo rectus sensus », « communio ecclesiastica », « consiliariorum electio », « universitas », etc.), politique (« confederatio », « administrationis publicae species », « civitatis species », « federum utilitas », « Potestas », « electio regum »,…), juridique (« ius majestatis », « ius regni », « iuramenta regum », « Persona repraesentata »,…) et humaniste (« civis officium », « commercia », « communicatio civium », « magistratus Romani », « politia »…) de son temps.

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