Les stratégies de l’imagination

Laboratoire junior « Imagination et Discours à l’Âge Classique »

Présentation

L’historiographie longtemps dominante peut laisser croire que, parmi les facultés humaines, l’imagination a été sujette à une certaine méfiance à l’âge classique. On l’aurait prise pour le stigmate de la dépendance de l’esprit humain à l’égard des sens et du corps, dépendance essentiellement problématique en ce qu’elle nuirait au bon usage de l’entendement et à l’acquisition des connaissances, favorisant la passion au détriment de la raison. L’imagination, « folle du logis », serait ainsi, par son dérèglement, la source de bon nombre de misères humaines.
Si ce verdict n’est pas sans fondement, il doit être nuancé : les artistes et les auteurs de l’âge classique ont su réfléchir finement à l’importance de l’imagination dans la vie humaine, fût-ce sans en conceptualiser directement l’usage. Ils ont su en tirer profit dans l’exercice même de leurs arts : art d’écrire, de peindre ou de penser. Dans quelle mesure l’imagination, qu’elle soit objet d’étude ou instrument, est-elle pensée comme une faculté mobilisable dans le champ des pratiques humaines ?
Les auteurs de cette période mettent en place ce que nous nous pouvons appeler des « stratégies » de l’imagination, qui relèvent d’élaborations théoriques et d’usages pratiques que nous nous proposons d’étudier autour de trois axes : les usages féminins de l’imagination ; l’imagination dans les sciences et la médecine ; la place de l’imagination dans le cadre des discussions politiques et théologiques.

I - Une doxa très présente à l’âge classique fait de l’imagination une faculté féminine, réservant aux hommes la pleine maîtrise de la raison. Cette représentation genrée exige de questionner le poncif d’une imagination prise en mauvaise part, source de dérèglements passionnels. Dans quelle mesure cette association des femmes àl’imagination a-t-elle donné lieu à des critiques, à commencer par celles des femmes intellectuelles et artistes ? Outre des stratégies consistant à montrer l’illégitimité du lien, peut-on aussi trouver des renversements cherchant à inverser la valeur des attributs généralement négatifs prêtés à l’imagination ? L’association entre les femmes et l’imagination a-t-elle été revendiquée par les femmes elles-mêmes comme un trait constitutif de leurs pratiques et de leurs écrits afin de se frayer un chemin dans des milieux à dominante masculine ?
II - À l’âge classique, l’imagination a été l’objet de travaux scientifiques cherchant à étudier la psychologie humaine, ses composantes et ses produits. Il s’agit dans ce cadre d’interroger les effets cognitifs, physiques et biologiques de l’imagination, mais aussi d’en questionner l’usage au sein même de ces discours : comment l’imagination s’intègre-t-elle dans l’élaboration d’une pensée rationaliste ? Quelle place les savants et les médecins ont-ils accordée à l’imagination dans leurs représentations de l’être humain ?
III - En travaillant les liens de l’imagination et de l’affectivité, l’âge classique met en évidence le rôle de l’imagination dans la structuration politique et religieuse de la société. Quelle fonction les écrivains et les philosophes de cette période ont-ils donnée à l’imagination dans leur pensée des relations humaines et des institutions ?

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