À plusieurs mains : Shakespeare et la création partagée


Organisation : Sophie CHIARI (u. Clermont Auvergne – IHRIM), Anne-Valérie DULAC (Sorbonne u.), Aurélie GRIFFIN (u. Sorbonne Nouvelle – PRISMES), Sophie LEMERCIER-GODDARD (ENS de Lyon – IHRIM), Pádraic LAMB (u. Jean Monnet Saint-Étienne – IHRIM), Johann PACCOU (u. Sorbonne Nouvelle)

Dans Le songe d’une nuit d’été, les comédiens formulent leurs propres demandes au metteur en scène (« Écris-moi un prologue », demande Bottom), offrant par là-même un exemple particulièrement comique de travail d’équipe. Dans Hamlet, alors que le prince du Danemark s’apprête à passer à l’action, l’une de ses premières décisions consiste à coécrire Le Meurtre de Gonzague : « Peut-être pourriez-vous, au besoin, apprendre un discours d’une douzaine ou seize lignes que je rédigerais et que j’insérerais ? » (2.2.5.528-30). Ces deux cas illustrent les rouages de la pratique scénique du début de l’époque moderne, l’écriture à plusieurs mains étant alors monnaie courante.
Pourtant, le concept de dramaturge au singulier a longtemps perduré dans les études shakespeariennes, principalement en raison des orthodoxies largement répandues concernant la notion de propriété intellectuelle. Il faut attendre les années 1980 pour que les pratiques collaboratives soient largement reconnues, même si elles donnent toujours lieu à de vives controverses critiques. Ainsi, on sait aujourd’hui que Shakespeare a écrit au moins neuf pièces (et peut-être plus) en collaboration, à savoir Périclès, Les deux nobles cousins, Édouard III et Sir Thomas More, qui ne figurent pas dans l’in-folio de 1623, ainsi que Macbeth, Timon d’Athènes, Henri VIII, Titus Andronicus et la première partie d’Henri VI, cinq pièces quant à elles toutes publiées dans ce même in-folio. Le dramaturge a donc fréquemment composé avec d’autres (Thomas Middleton, George Peele, George Wilkins, ou John Fletcher, pour n’en citer que quelques-uns), en particulier en tout début et en toute fin carrière. Il fut loin d’être le seul.

Si la création partagée peut être comprise de multiples façons, elle implique toujours la présence de plusieurs mains qui, ensemble, concourent à produire une œuvre d’art, quel que soit le support utilisé. Cette pratique s’est en effet étendue à de multiples formes artistiques que ce congrès s’attachera à mettre en valeur. De nombreuses œuvres picturales de la première modernité anglaise montrent par exemple des traces d’interventions plurielles (le plus souvent celles d’un maître et de ses apprentis). On peut ici penser au célèbre « Portrait au Phoenix » (1575), ou aux miniatures commencées par Isaac Oliver et achevées après sa mort par son propre fils, Peter Oliver.
Le congrès visera donc à réexaminer toute la diversité des pratiques collaboratives à l’époque de Shakespeare.

Les contributions qui jettent un nouvel éclairage sur les pratiques de Shakespeare et de ses contemporains et qui explorent tous les aspects possibles de la pratique collaborative en lien avec la production littéraire et artistique de la première modernité anglaise seront accueillies. Les propositions de communication (titre, mots-clés et résumé de 300 mots) sont attendues avant le 1er septembre 2026, accompagnées d’une brève note bio-bibliographique, aux adresses suivantes : societefrancaiseshakespeare[at]gmail.com et johann.paccou[at]sorbonne-nouvelle.fr

Toute personne ayant envoyé une proposition recevra une réponse d’ici le 1er octobre 2026. Les communications ne devront pas dépasser 20 minutes. L’inscription est gratuite, mais les participants au colloque devront être affiliés à la SFS (pour plus de détails, voir le site de la SFS.