Autour d’Antoine Lasalle (1754-1829). "Littérateur philosophe”, traducteur, expérimentateur (Paris)


Organisation : Gabrielle BORNANCIN-TOMASELLA (UJM – IHRIM), Lucien DERAINNE (UJM – IHRIM), Sylvie KLEIMAN-LAFON (u. Paris Nanterre – CREA)

10h15 Sylvie KLEIMAN-LAFON (u. Paris-Nanterre)
Présentation du livre Antoine Lasalle, traducteur de Francis Bacon. Politiques de la science sous la Révolution et l’Empire

11h00 Jean-Luc CHAPPEY (u. Paris I-Panthéon Sorbonne)
« Traduire en Révolution : enjeux politiques et intellectuels »

11h45 Lisa ROUGETET (u. de Bretagne Occidentale)
« Les Nouvelles récréations mathématiques d’Antoine Lasalle, ou le contre-pied d’un genre éditorial fondé sur la pédagogie, la pratique ludique et le spectacle expérimental »

12h30 Questions

14h15 Grégoire TAVERNIER (u. d’Orléans)
« Inciter ou démystifier ? La Théorie de l’ambition, ou les paradoxes d’un volontarisme rabat-joie »

15h00 Gabrielle BORNANCIN-TOMASELLA (u. Jean Monnet Saint-Étienne)
« Un "précepteur" sans "prestige" ? L’émancipation intellectuelle par la méthode dans Le Désordre régulier »

15h45 Lucien DERAINNE (u. Jean Monnet Saint-Étienne)
« Pourquoi rééditer Lasalle aujourd’hui ? »

16h30 Questions


Pour Dominique Garat, recenseur de ses œuvres, Antoine Lasalle se présente au public « Bacon à la main », comme l’avaient fait avant lui D’Alembert et Diderot, et semble donc naturellement désigné pour leur succéder. Auteur d’une traduction en quinze volumes des œuvres de Francis Bacon parue entre 1799 et 1803, Antoine Lasalle porte en effet à son accomplissement un projet longtemps rêvé avant lui par les encyclopédistes. Exprimée à plusieurs reprises, l’intention du traducteur est d’instruire « toutes les classes raisonnables de la société », et plus particulièrement les femmes et la jeunesse. Ce souhait d’émancipation par l’instruction se trouve en réalité au cœur du projet lasallien depuis la fin des années 1780, comme le marque la parution de trois amples traités (en 1786, 1788 et 1789) qui permettent de suivre depuis sa première formulation le projet du traducteur. Indirectement, ces essais sont aussi le lieu où s’affirme une personnalité de « littérateur philosophe » pour qui l’écriture est le prolongement irrépressible de l’activité de traduction.

Le « Bacon de la France », comme l’appellera son ami Jean-Baptiste Gence, envisage l’essai comme le lieu d’une mise à l’épreuve des thèses du philosophe anglais autant que comme un espace de dialogue avec les penseurs de son temps – qu’il n’épargne guère. Sous la forme d’une conversation d’égal à égal avec le public, qu’il invite à se méfier de l’autorité de ses « maîtres », l’auteur de La Balance naturelle n’a de cesse de proclamer le primat de l’expérience personnelle. Ses propres écrits sont l’illustration de cette liberté de pensée, offrant la continuation non seulement d’une pratique de lecture et de traduction mais aussi, par d’autres moyens, des voyages de sa jeunesse, des cours publics de science auxquels il a assisté ou des expériences qu’il a lui-même pratiquées – jusqu’aux Nouvelles récréations mathématiques de 1798, déclinaison des ouvrages de « science amusante » qui place l’intérêt et le jeu au fondement de l’instruction.

En soulignant l’influence directe d’Antoine Lasalle sur la pensée des Idéologues et l’école physico-morale, mais également en revenant sur des œuvres moins connues telles que La Théorie de l’ambition (1802) – dont l’attribution a longtemps été en débat – cette journée d’étude se propose de mettre en lumière la cohérence et l’originalité d’un parcours intellectuel en période de Révolution.