Clément RAYMOND « Descartes : une philosophie des relations. La convenance dans la pensée cartésienne »

Thèse de doctorat en philosophie, réalisée sous la direction de Marie-Frédérique PELLEGRIN.

Composition du jury
  • Mme Marie-Frédérique PELLEGRIN (professeure des universités, UGA), Directrice de thèse
  • M. André CHARRAK (professeur des universités, u. Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Rapporteur
  • M. Edouard MEHL (professeur des universités, u. de Strasbourg), Rapporteur
  • Mme Delphine ANTOINE-MAHUT (professeure des universités, ENS de Lyon), Examinatrice
  • Mme Antonella DEL PRETE (professoressa ordinaria, u. di Torino), Examinatrice
  • M. Steven NADLER (professor, u. of Wisconsin, Madison), Examinateur
  • Mme Lisa SHAPIRO (professor, McGill U.), Examinatrice
Résumé

Comment penser l’unité de la passion amoureuse, malgré la grande diversité des objets sur lesquels elle porte ? Descartes la situe dans une relation infra-passionnelle : la convenance, qui est une forme d’accord fondamental entre une personne humaine et une chose. Mais ce terme est indéterminé dans ses textes et pourrait n’aboutir qu’à une reconduction de la difficulté. L’enquête que nous menons alors s’appuie sur les deux lettres à Élisabeth de Bohême des 21 mai et 28 juin 1643, qui proposent une représentation de la philosophie qui n’est pas l’image d’un arbre dont les racines sont saines, si celle d’un bâtiment bien fondé. Il y a au contraire trois notions primitives (étendue, pensée, union) qui constituent autant de domaines de savoirs différents. En relisant Descartes sous leur prisme, sa pensée apparaît comme une philosophie des relations : la physique, la métaphysique et l’anthropologie abandonnent la supposée priorité de l’individu sur les relations avec d’autres êtres, dans lesquelles il est pris. Les corps existent dans un environnement marqué par le contact permanent avec d’autres. En particulier, les corps vivants sont avant tout pensés dans leur vie de relation. La chose pensante ne se conçoit que sous la condition de partie qui caractérise son existence. La personne humaine, enfin, est toujours quelque part postérieure aux totalités desquelles elle participe. Chacun de ces trois domaines de connaissances exhibe des relations fondamentales d’accord et de désaccord entre les êtres. Les commodités (résistance faible à la conservation de l’état du corps ou caractère favorable à celle de son intégrité) et incommodités déterminent les interactions des corps inertes et les comportements des corps vivants. Le rapport de l’esprit à la vérité, à l’erreur et à tous les jugements est pensé en termes de consensus (cohérence dans l’entendement, consentement de la volonté) et de répugnance. Tout être humain est engagé dans des rapports de convenance avec ce dont il vit, et de disconvenance avec ce qui fait obstacle au déploiement de son existence. Ces rapports, qui s’expliquent par les différentes formes de participation à l’œuvre dans toute existence humaine, constituent un caractère anthropologique commun.