Dictionnaires de musique et encyclopédies musicales en langue française, de Brossard à Lavignac (1703-1931) : fabriques, acteurs, réseaux et circulations
Organisation : Matthieu CAILLIEZ (u. Jean Monnet Saint-Étienne – IHRIM), Hector CORNILLEAU (Palazzeto Bru Zane / EHESS), Marie DEMEILLIEZ (u. Grenoble Alpes – LUHCIE) et Thomas VERNET (bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont)
L’étude des dictionnaires, des encyclopédies et des formes de savoirs qui leur sont associées constitue aujourd’hui un champ de recherche solidement établi, au croisement de la lexicographie, de la métalexicographie, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire des savoirs et de l’histoire du livre. Les travaux consacrés aux traditions dictionnairiques françaises, aux formes encyclopédiques modernes et aux transformations des régimes de définition, de classement et de vulgarisation ont considérablement renouvelé notre compréhension de ces objets.
En revanche, l’historiographie demeure dispersée dans le champ musical. Des ouvrages ou corpus précis ont certes fait l’objet d’études importantes — en particulier l’Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et Jaucourt (CERNUSCHI, 2000 ; ENCCRE), le Dictionnaire de musique de Rousseau (REIBEL, 2016), les deux tomes de l’Encyclopédie méthodique (RAMAUT et CARENCO, 2018), les entreprises musicographiques de Fétis (CAMPOS, 2013) et de Choron (SIMMS, 1978), ou encore certaines recherches sur le lexique musical médiéval et renaissant —, mais les dictionnaires de musique et encyclopédies musicales publiés en France n’ont encore été que rarement envisagés, sur la longue durée, comme un corpus cohérent de pratiques savantes, éditoriales et intellectuelles. Entre étude d’un auteur, analyse ponctuelle d’un ouvrage, histoire des idées musicales, histoire des disciplines et histoire des médiations éditoriales, le champ reste encore largement à structurer.
Or un tel objet gagne à être abordé dans une perspective attentive non seulement aux contenus, mais aussi à leurs formes, aux supports, aux dispositifs éditoriaux, à leurs modalités de circulation et à leurs appropriations respectives. On sait désormais, depuis les travaux de Roger Chartier et de ses prédécesseurs, qu’on ne peut dissocier la textualité d’une œuvre de sa matérialité, ni l’histoire des textes de celle des usages et des lectures qui les font exister. Appliquée aux dictionnaires de musique, une telle approche conduit à ne plus les considérer comme de simples réservoirs d’informations, mais comme des technologies de savoir : des instruments de découpage, de hiérarchisation, d’ordonnancement et de transmission des savoirs musicaux.
Le présent colloque se propose de contribuer à cette histoire. Il entend étudier les dictionnaires de musique et encyclopédies musicales en France entre deux jalons majeurs : le Dictionnaire de musique (1703) de Sébastien de Brossard et l’achèvement, en 1931, de l’Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire dirigée par Albert Lavignac puis Lionel de La Laurencie. Ce vaste arc chronologique permet d’interroger à la fois l’émergence d’une langue technique, les déplacements de la forme dictionnairique, la spécialisation progressive des savoirs musicaux, la multiplication des lectorats et l’évolution des médiations savantes, pédagogiques et éditoriales.
Le présent colloque est centré sur l’espace francophone, entendu à la fois comme espace de publication, de circulation, de traduction, d’appropriation et de légitimation. Seront donc privilégiées les propositions de communication portant sur des dictionnaires et encyclopédies musicales publiés en français, ou insérés dans l’espace savant, pédagogique, critique et éditorial de langue française. Les comparaisons avec d’autres aires linguistiques ou culturelles seront bienvenues dès lors qu’elles permettront d’éclairer plus précisément les dynamiques françaises (transferts de modèles, traductions, adaptations, refontes, emprunts, importations de nomenclatures, circulation de catégories ou de procédures éditoriales). L’enjeu n’est pas seulement de dresser un inventaire d’ouvrages, ni de reconduire une approche strictement canonique limitée à quelques titres célèbres. Il s’agit aussi de restituer la diversité des formes lexicographiques par lesquelles la musique a été pensée, nommée, décrite, classée, historicisée et rendue intelligible : dictionnaires de termes, dictionnaires biographiques, dictionnaires mixtes, encyclopédies musicales, ouvrages spécialisés, dictionnaires bilingues, dictionnaires thématiques, compilations, entreprises d’auteur, travaux collectifs, ouvrages destinés à l’enseignement, à la critique, à la pratique, à l’érudition ou à la vulgarisation.
Le colloque souhaite, en ce sens, favoriser un dialogue entre disciplines. Les propositions relevant de la musicologie y trouveront naturellement place, mais l’appel s’adresse tout autant aux spécialistes de l’histoire du livre et de l’édition, de la lexicographie et de la métalexicographie, des études littéraires, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire culturelle, de l’histoire des sciences humaines, de l’histoire de l’enseignement, de la sociologie des médiations savantes, ainsi qu’aux chercheurs et chercheuses en humanités numériques. Une telle ouverture paraît indispensable pour saisir des objets qui relèvent à la fois de l’histoire des textes, des pratiques savantes, des formes éditoriales et des usages sociaux du savoir.
Axes de réflexion
Les propositions pourront s’inscrire, sans exclusivité, dans les axes suivants :
- Formes lexicographiques et typologie des objets
- Nommer, définir, classer : taxinomies du musical
- Fabrique des ouvrages : auteurs, collectifs, ateliers éditoriaux
- Compilation, emprunt, traduction, réécriture
- Matérialité, édition, économie
- Publics, usages, appropriations
- Dictionnaires et institutions
- Domaines spécialisés et objets marginaux
- Réception, fortune, postérités
Modalités de soumission
Les propositions de communication devront comporter :
- un titre,
- un résumé de 500 mots,
- une notice bio-bibliographique de 100 à 150 mots,
- l’affiliation institutionnelle.
Les propositions sont à envoyer conjointement à matthieu.cailliez univ-st-etienne.fr, hcornilleau bru-zane.com et marie.demeilliez univ-grenoble-alpes.fr avant le 20 septembre 2026.
Les réponses du comité scientifique seront communiquées au plus tard le 1er décembre 2026.
Le colloque se tiendra à la Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret, 11bis rue de Vézelay, 75008 Paris, les 25 et 26 mars 2027.
Les langues du colloque seront le français et l’anglais.
Comité d’organisation
Matthieu CAILLIEZ (u. Jean Monnet Saint-Étienne – IHRIM)
Hector CORNILLEAU (Palazzetto Bru Zane / EHESS)
Marie DEMEILLIEZ (u. Grenoble Alpes – LUHCIE)
Thomas VERNET (Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont)
Comité scientifique
Matthieu CAILLIEZ (u. Jean Monnet Saint-Étienne – IHRIM)
Rémy CAMPOS (Conservatoire national supérieur de musique de Paris – HEM/HES-SO)
Céline CARENCO (u. Lumière Lyon 2 – IHRIM)
Alain CERNUSCHI (u. de Lausanne – ENCCRE)
Hector CORNILLEAU (Palazzetto Bru Zane / EHESS)
Marie DEMEILLIEZ (u. Grenoble Alpes – LUHCIE)
Étienne JARDIN (Palazzetto Bru Zane)
Raphaëlle LEGRAND (Sorbonne u. – IReMus)
Christophe REY (CY Cergy Paris u. – LT2D)
Thomas VERNET (Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont)


