Éric PARDOUX « Questions éthiques autour de l’IA en santé : apport d’un regard épistémologique »
Thèse de doctorat en philosophie présentée par Éric PARDOUX et réalisée sous la direction de Mogens LAERKE (IHRIM - ENS Lyon, MFO) et Thomas GUYET (INRIA Lyon), et accompagné par Angeliki KERASIDOU (Université d’Oxford).
Effectué au sein de l’IHRIM, en partenariat avec la Maison Française d’Oxford (MFO), sur financement initial par la MITI du CNRS, ce travail propose d’apporter un regard épistémologique sur les questions éthiques autour de l’intelligence artificielle en santé.
Composition du jury
- Xavier GUCHET, Professeur des universités, Université Technologique de Compiègne (Rapporteur)
- Anouk BARBEROUSSE, Professeure des universités, Sorbonne Université (Rapporteure)
- Thierry MENISSIER, Professeur des universités, Université Grenoble Alpes (Examinateur)
- Cécile FAVRE, Professeure des universités, Université Lumière Lyon 2 (Examinatrice)
- Delphine MAUCORT-BOULCH, Professeure des universités PH, Université Claude Bernard Lyon 1 (Examinatrice)
- Thomas GUYET, Chercheur, INRIA Lyon (Examinateur et encadrant)
- Mogens LAERKE, Directeur de recherche, ENS de Lyon (Directeur de thèse)
Résumé
Les avancées des technologies dites d’intelligence artificielle (IA) sont de plus en plus visibles en santé, que ce soit en clinique ou en laboratoire. Dans ce cadre, une réflexion académique s’est développée ces dernières années autour des enjeux éthiques que posent les applications médicales des systèmes d’IA. Ces objets sont complexes et à l’intersection de différentes disciplines, entre informatique, médecine, philosophie et sciences humaines et sociales. Cette recherche se propose d’évaluer ce domaine foisonnant de l’éthique de l’IA en santé depuis une perspective épistémologique. Ce que nous avançons est autant une reconstruction critique de l’éthique de l’IA en santé qu’une proposition méthodologique pour ce champ et ses applications.
Nous proposons d’analyser les discours éthiques en mobilisant une démarche épistémologique à plusieurs niveaux. Il s’agit d’enquêter sur les dispositifs d’IA en santé et leurs conditions de possibilité, ainsi que sur les discours éthiques produits autour de ces systèmes. Nous proposons d’interpréter à la fois la nature de ces systèmes sociotechniques et des discours les entourant au travers d’outils méthodologiques proposés par l’épistémologie de la modélisation, sous-champ de la philosophie générale des sciences. Le domaine de l’épistémologie est mobilisé comme une ressource méthodologique pour l’éthique de l’IA, au travers d’une éthique de l’idéalisation. Celle-ci pourra s’appliquer à la fois aux processus de développement des systèmes sociotechniques et aux discours éthiques qui les accompagnent.
Dans un premier temps nous offrons une introduction générale à l’IA en santé, en favorisant une compréhension sociotechnique de cette dernière, entre autres au travers du régime des promesses technoscientifiques (chapitre 1). Ensuite, nous reconstruisons les différentes dynamiques d’émergence qui ont conduit l’éthique de l’IA en santé à se constituer en tant que champ disciplinaire pluriel à la croisée d’une grande diversité de préoccupations institutionnelles (chapitre 2). Ceci nous conduit à formuler le besoin pour l’éthique de l’IA en santé de se doter d’une approche méthodologique qui permettrait de cartographier la nature variée de ses objets d’intérêts. Nous explorons cette métaphore cartographique comme approche pluraliste des systèmes sociotechniques (chapitre 3). Sur cette base nous introduisons ensuite la philosophie de la modélisation comme un prisme d’analyse fécond pour saisir les processus d’idéalisation qui sont à l’œuvre autour de l’IA en santé (chapitre 4). Ces idéalisations, définies notamment comme des déformations d’une cible au sein d’un modèle, existent autant dans le développement des systèmes d’IA en santé, que dans les discours éthiques les entourant. Sur ces bases, nous proposons dans un dernier temps une éthique de l’idéalisation. Nous illustrons (chapitre 5) des usages possibles de cette dernière en l’appliquant d’abord à une réflexion éthique sur la mise en conformité ou non des systèmes d’IA d’aide à la décision clinique, vis-à-vis des recommandations de bonne pratique. Dans un second temps, nous évoquons l’usage possible de cette éthique de l’idéalisation pour l’analyse des discours et notamment des promesses technoscientifiques.
Dans l’ensemble, ce travail propose une approche méthodologique générique pour l’éthique de l’IA en santé. La nature méthodologique de la proposition effectuée permet d’envisager de l’étendre aux éthiques appliquées de manière plus générale — le travail s’appuie par ailleurs largement sur des ressources issues de l’éthique biomédicale. La principale contribution consiste à déligner l’intérêt que peut avoir l’explicitation des démarches parfois implicites de modélisation effectuées en philosophie (que nous soyons dans le cadre de l’éthique appliquée ou de la philosophie des sciences et des techniques).
Mots clés :
Intelligence artificielle ; Éthique ; Épistémologie ; Médecine ; Modélisation ; Idéalisation.


