George Sand, une écrivaine face à la démocratie


Organisation : Olivier BARA (u. Lumière Lyon 2 – IHRIM), Éléonore REVERZY (u. Sorbonne Nouvelle) et Agnese SILVESTRI (u. degli studi di Salerno)

À l’occasion d’un échange avec son ami Charles Duvernet, républicain comme elle mais peu convaincu par le premier numéro de la Revue Indépendante que George Sand vient de lancer avec Pierre Leroux et Louis Viardot à la fin de 1841, l’écrivaine débat de la question du sujet historique ; ce dernier doit créer les institutions nouvelles dont devra se doter la société égalitaire du futur :

Qui fera donc ces lois ? un Messie ? Nous n’y croyons pas. Des révélateurs ? Nous ne les avons pas vus apparaître. Nous ? Nous ne lisons pas dans l’avenir et ne savons pas quelle forme matérielle devra prendre la pensée humaine à un moment donné. Qui donc fera ces lois ? Nous tous, le peuple d’abord, vous et nous, par-dessus le marché. Le moment inspirera les masses.

(George Sand, Correspondance, éd. Georges Lubin, Paris, Classiques Garnier, t. V, 2013, p. 542)

On touche là à une conviction enracinée dans la pensée sandienne et qui façonne en profondeur son attitude démocratique : l’idée que toute philosophie, toute solution politique envisagée à un moment historique donné, est le fruit d’une maturation collective, à laquelle toutes et tous participent. Les grands hommes, d’esprit ou d’action, puisent donc leurs ressources de pensée et d’initiative moins dans leur géniale individualité que dans un réservoir plus vaste, qui nourrit leur inspiration et se nourrit de leur contribution. La confiance dans l’action des masses populaires y trouve un argument de plus :

[T]u verras que tu n’as guère connu les masses jusqu’ici. Tu les verras pleines d’ardeur et de trouble, les unes (c’est le grand nombre) animées de ces bons et grands sentiments sans lesquels, ni Leroux, ni toi, ni moi ne les aurions (puisque rien n’est isolé dans l’ordre moral ou physique de l’humanité).

(George Sand, Correspondance, éd. Georges Lubin, Paris, Classiques Garnier, t. V, 2013, p. 542)

Cette foi profonde dans la démocratie, George Sand n’y a jamais renoncé et elle mérite d’être examinée plus systématiquement qu’on ne l’a fait jusqu’alors. Les historiens et les littéraires ont certes déjà pris en compte le militantisme politique de Sand. Celui-ci se caractérise par un engagement républicain indéfectible à partir des années 1830, avec une phase de radicalisation idéologique socialiste autour de 1848 et, vers la fin de sa vie, par l’incompréhension de la Commune. Des pièces importantes ont été versées au dossier, bien que le chantier de la contribution de Sand à l’histoire politique, française et européenne, soit loin d’être vraiment clos.

Sans éliminer cet horizon plus proprement militant de l’autrice, ce colloque voudrait se concentrer sur un aspect de son œuvre qui nous semble capital et qui a à voir avec ce choix précoce et fécond de la démocratie. […]

Parmi les directions possibles à explorer :
  • Une pensée démocratique
    • Le rapport avec la pensée démocratique du XVIIIe siècle (Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Robespierre, mais aussi d’autres). L’apport de la pensée du XIXe (Leroux, les saint-simoniens, Louis Blanc, Armand Barbès, les fouriéristes et autres socialismes utopiques). Quelles tensions ou oppositions peut-on déceler avec d’autres pensées démocratiques et républicaines de son époque ?
    • La portée politique et démocratique de sa philosophie de la nature.
    • Les usages des mots « démocratie » et « démocrate » sous la plume de George Sand, l’évolution de leurs significations en relation avec les termes « république » et « socialisme ».
    • L’extension et le degré d’« inclusivité » de la démocratie selon Sand (question du suffrage universel, des femmes, des minorités, des exclu(e)s de la citoyenneté). Quelle démocratie accomplir – représentative ou directe, selon quel régime et dans quel cadre constitutionnel ?
    • Le jugement (historico-politique) de Sand sur les tentatives effectuées : quelle démocratie réalisée en 1789-1793, en 1830, en 1848, pendant la Commune.
  • Des politiques démocratiques
    • Quelles « batailles » idéales pour faire avancer la démocratie ?
    • Le rôle de l’éducation et la conception d’une éducation démocratique / à la démocratie.
    • La place des femmes, des travailleurs (ouvriers et paysans) conviés aussi à l’écriture, des bourgeois et des aristocrates, des artisans/artistes dans la société nouvelle.
    • Quel rôle et quelles actions pour un « artiste démocrate » ?
  • Une poétique démocratique
    • Quelles intrigues ? quels héros/héroïnes ? Quelles formes littéraires romanesques pour « penser » la démocratie ? (le dialogue ? la lettre ? l’expérimentation ?)
    • Quels choix énonciatifs, entre délégation de voix et polyphonie, y compris dans l’écriture médiatique ?
    • Quelles formes médiatiques pour une pratique démocratique du journal ?
    • Quelles formes et quelles pratiques dramatiques, entre théâtre de société et théâtre officiel, théâtres principaux et salles populaires ?
    • Quels supports éditoriaux, quels choix à visée démocratique à l’intérieur du marché de l’édition ? Quelle langue pour faire « parler » la démocratie ?

Modalités de contributions :

Les propositions de communication sont à adresser à Olivier BARA (olivier.bara[at]univ-lyon2.fr), Éléonore REVERZY (eleonore.reverzy[at]sorbonne-nouvelle.fr) et Agnese SILVESTRI (asilvestri[at]unisa.it) avant le 15 septembre 2026.
Les réponses du comité scientifique seront communiquées le 15 octobre 2026.

Comité scientifique :

Pascale AURAIX-JONCHIÈRE, Olivier BARA, Marie BAUDRY, Laura COLOMBO, Brigitte DIAZ, François KERLOUÉGAN, Isabelle NAGINSKI, Catherine NESCI, Elisabeth PLAS, Michelle PERROT, Paule PETITIER, Éléonore REVERZY, Vincent ROBERT, Agnese SILVESTRI.