Mon vrai nom est Élisabeth – Lecture performée
Organisation : Christine DÉTREZ (ENS de Lyon – CMW), Marie FABRE (ENS de Lyon – Triangle) et Élodie TAMAYO (ENS de Lyon – IHRIM)
Lecture performée par l’autrice Adèle YON et la comédienne Liora JACOTTET, avec la complicité de Lorraine WISS.
Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Élisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène, lobotomisée dans les années 1950. La narratrice ne détient sur cette femme morte avant sa naissance que quelques légendes familiales aux récits fluctuants. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances familiale. Une grand-mère avec deux cavités de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. « C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet. »
Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres, le récit de soi, le road trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens se déploient différentes histoires, celle du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie de la deuxième moitié du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.
Une soirée conçue en clôture de la journée d’étude « Femmes, folie, famille », à l’initiative de Christine DÉTREZ (Centre Max Weber), Marie FABRE (Triangle) et Élodie TAMAYO (IHRIM).
La sortie de Mon vrai nom est Elisabeth, en 2025, a été et continue à être un phénomène éditorial au croisement de tendances multiples : élargissement du domaine de la non-fiction, enquête familiale et question de santé mentale. Pour cette dernière question, plus que de tendance on pourrait parler de tension, tant les dernières années ont été marquées par des titres féministes cherchant à travailler des assignations pour faire voir combien les structures patriarcales pèsent sur les parcours de celles qui ont été qualifiées, avec des conséquences parfois dramatiques, de « folles », « hystériques », « vieilles toquées ». D’Hélène Frappat (2023) et Stéphanie Dupays (2023) à Pauline Chanu (2025), se cherche un continuum entre manipulation et décrédibilisation des femmes à travers des processus psychiques.
De même, la littérature connaît un mouvement d’ampleur venant revisiter le personnage de la « folle dans le grenier » (Gilbert, Gubar 1979, Showalter, 1987). Les études visuelles interrogent quant à elles la rémanence d’anciens modèles (comme la spectatrice hypnotisée, suggestionnée au point de perdre le contrôle de sa perception ; Mireille Berton, 2017). Cet attrait pour l’archéologie des représentations aiguise une réflexion sur les outils techniques associés à la remémoration, au remontage ou à la diffusion de phénomènes psychiques et traumatiques (dont ceux portés par les images virales, associées dès leur nom à de possibles manifestations pathologiques). Mais le phénomène n’est pas seulement médiatique, éditorial, artistique, ou théorique : il est aussi social, comme le montre la vague de recherches généalogiques dont toutes n’aboutissent pas dans un objet livre ou podcast.
Si la thématique nous rassemble, la journée d’étude ambitionne également une dimension épistémologique autour du paradigme de l’enquête (Demanze, 2019) : comment, en littérature, en sociologie, en cinéma, fait-on « enquête » notamment sur le très intime (la famille, la « folie ») ? Comment s’hybrident les genres, dans les objets que donnent de telles enquêtes et quels sont les types d’archives impliquées ou réinventées ?
Au carrefour de l’enquête et de l’objet (artistique ou journalistique), cette journée prêtera attention aux processus de création et à leur genèse en faisant se rencontrer des travaux aux différents stades d’achèvement, puis se poursuivra par une lecture performée du livre d’Adèle Yon au théâtre Kantor.


