Noémie DUMONT « Hispanus ludens. Du gouvernement des joueurs : le jeu d’échecs dans l’Espagne de la première modernité (1475-1561) »
Thèse de doctorat en langues, littératures, cultures et civilisations romanes, réalisée sous la direction de Marina MESTRE ZARAGOZÁ.
Composition du jury
- Mme Marina MESTRE ZARAGOZÁ (professeure des universités, u. Jean Moulin Lyon 3), Directrice de thèse
- Mme Alexandra MERLE (professeure des universités, u. de Caen Normandie), Rapporteure
- M. Jean-Frédéric SCHAUB (directeur d’études, École des hautes études en sciences sociales), Rapporteur
- Mme Hélène THIEULIN-PARDO (professeure des universités, Sorbonne U.), Examinatrice
- M. Alexandre BATALLER CATALÀ (professeur titulaire, u. de Valence), Examinateur
- Mme Amandine MUSSOU (maîtresse de conférences, u. Paris Cité), Examinatrice
- Mme María Luisa GÓMEZ-IVANOV, (Chair professor, u. d’état du Texas), Examinatrice
Résumé
Après la modification des règles du jeu d’échecs en Espagne à la fin du Moyen Âge, attestée dans un manuscrit valencien, l’émergence de l’imprimerie permet la diffusion du nouveau règlement et des nouvelles stratégies à travers une littérature didactique spécialisée. À partir de cette production textuelle échiquéenne caractéristique de la période de transition entre la nomenclature médiévale et moderne, ce travail a pour objectif de saisir la place et la fonction du jeu d’échecs au sein de la société hispanique de la première modernité. L’évolution de la réglementation technique du jeu s’accompagne d’un renouvellement des symboliques traditionnellement associées à l’échiquier. Les images amoureuses, morales, sociales, politiques et militaires du jeu d’échecs se transforment et participent de l’élaboration d’un discours normatif à destination des lecteurs-joueurs, un lectorat spécifique issu des élites socio-politiques et socio-culturelles de l’époque. Au cours de la première moitié du XVIe siècle, la question de l’encadrement des comportements des joueurs croise la question juridique de l’encadrement des jeux. Dans un contexte où de nombreux jeux sont frappés de suspicion ou d’interdiction, le jeu d’échecs bénéficie d’un statut singulier : il est non seulement licite, mais il est aussi promu comme utile, vertueux et est même décrit comme un art et une science nécessaires. La légitimation du jeu s’accompagne d’un mouvement réciproque de légitimation de normes sociales et de valeurs dominantes, visible dans les discours didactiques autour du jeu d’échecs, qui transmettent un idéal de gouvernement des conduites centré sur la raison, et renforcent un imaginaire collectif élitaire attaché aux valeurs militaires.


