Rencontre avec Fernando VIDAL


Organisation : Delphine ANTOINE-MAHUT et Samuel LÉZÉ
Fernando VIDAL, chercheur invité à l’IHRIM pour le mois de septembre.

En préalable à la discussion collective, Fernando VIDAL proposera une intervention sur la question suivante :

« De l’histoire des idées à l’anthropologie médicale : Autour d’un parcours »
Au-delà des facteurs biographiques et des opportunités institutionnelles, qui ont une importance indéniable, le parcours que nous aborderons dans cette rencontre a été conditionné avant tout par un ensemble de problématiques intellectuelles. Il prend racine dans le projet de faire une histoire de la psychologie en tant que discipline et de sa place dans les classifications des savoirs depuis la Renaissance. Cette histoire met en relief le caractère central des “rapports de l’âme et du corps” dans la modernité. Alors que le christianisme fait de l’être humain une entité intrinsèquement corporelle, la philosophie moderne contribue à sa psychologisation et à sa “désincarnation”. Dès la fin du XVIIe siècle, le cerveau devient la seule partie du corps indispensable pour être tant une personne q ue l’individu que nous sommes. D’où, dans le parcours dont il sera question, une exploration à grande échelle de l’histoire et des formes du neurocentrisme qui s’est imposé de manière globale depuis la seconde moitié du XXe siècle. Or, l’émergence du “sujet cérébral” s’accompagne de différentes mouvances de pensée et d’action qui cherchent à revenir au corps, entre autres la phénoménologie et ses héritiers, les féminismes, les disability studies, et un vaste univers de pratiques somatiques de soi traversé de paradoxes et de tensions. L’anthropologie médicale s’est alors imposée comme une manière d’explorer plus avant les relations entre le corps, la subjectivité, l’identité et la qualité ; de personne – et de les situer dans une histoire de longue durée – non plus sur le plan des concepts et des savoirs formels, mais sur celui de l’expérience vécue de la maladie. C’est que les personnes handicapées, comme l’écrit l’anthropologue Robert Murphy, représentent “l’humanité réduite à l’essentiel” ; et que la maladie, en tant que “cas limite de l’expérience incarnée”, peut devenir, comme le propose la philosophe Havi Carel, un “outil philosophique pour l’étude d’aspects normalement tacites de l’existence humaine”.


Fernando VIDAL est directeur de recherche à ICREA (Institution catalane de recherche et d’études avancées) et professeur au Centre de recherche en anthropologie médicale de l’Université Rovira i Virgili, Tarragone, Espagne. Ancien Directeur de recherche à l’Institut Max Planck d’histoire des sciences (Berlin), il a fait des études aux universités de Harvard, Genève et Paris I ; il a été pensionnaire étranger à l’ENS-Ulm ; et il est titulaire d’une HDR de l’EHESS. Spécialiste de l’histoire des idées et des subjectivités contemporaines, il a publié entre autres Les Sciences de l’âme, XVIe-XVIIIe siècle. Ses deux derniers livres universitaires sont Being Brains : Making the Cerebral Subject (avec F. Ortega) et Performing Brains on Screen. Il a reçu, entre autres, une Bourse Guggenheim, et en 2021, le Prix Carlson pour l’ensemble de son œuvre sur l’ histoire des sciences humaines. Depuis quelques années, il travaille dans le champ de l’anthropologie et de la phénoménologie médicales, où il mène des recherches sur les troubles de la conscience et les démences.