Séance 15 « Pouvoirs de la lecture au moment 1800 »
Organisation : Stéphanie GENAND (u. Paris-Est Créteil / LIS) et Jean-Marie ROULIN (u. Jean Monnet Saint-Étienne / IHRIM)
« En général, toutes les fois que le public impartial n’est pas ému, n’est pas entraîné, par un discours ou par un ouvrage, l’auteur a tort » (De la littérature, « Du style des écrivains », GF p. 387).
Germaine de Staël, formulant ce jugement définitif en 1800, confirme l’intensification sans précédent du rapport à la lecture : investi d’un pouvoir aussi bien psychique que politique, lire outrepasse le cadre esthétique pour devenir l’opération cruciale de la conscience et l’un des gestes fondateurs de la république. L’ouvrage réussi nous apprend la pitié, l’art de tisser des liens avec autrui et aide à surmonter les haines qui obscurcissent l’horizon et nos âmes encore endeuillées par les fractures de l’histoire.
Les femmes jouent un rôle crucial dans cette révolution de la lecture. Qu’elles soient des lectrices actives, loin des admiratrices fascinées auxquelles on les a longtemps réduites, ou des autrices professionnelles ou amateures, elles sont conscientes de leur pouvoir et des nouveaux champs du savoir qui s’ouvrent à elles. Le récent ouvrage d’Isabelle MATAMOROS, Le Pouvoir des lectrices. Une histoire de la lecture au XIXe siècle (CNRS éditions, 2025), propose une exploration « des usages de la lecture et des appropriations plurielles que les femmes ont pu en faire », sous la forme d’une « biographie chorale » (p. 23) de soixante-quatre figures retraçant, dans leurs écrits intimes, souvenirs et expériences d’immersions dans les livres.
Quelles subjectivités de lectrices les années 1780-1830 font-elles naître ? Comment s’articulent-elles avec la pratique des romancières ou avec l’exploration de nouveaux partages du livre, lus en public ou au milieu d’amis ? Entre émancipation et performance, la lecture fait elle aussi sa révolution et la 15e séance du séminaire « 1800 » se propose d’en découvrir les mutations et les promesses.
Ce séminaire se veut une fédération active de chercheurs, d’enseignants et de doctorants travaillant sur la période 1780-1830. La périodisation de l’histoire littéraire française et les contraintes institutionnelles ont constitué ces cinquante années en un point aveugle. Il s’agir d’appréhender ce moment capital de la vie littéraire non comme une transition entre déclin des Lumières et invention du romantisme, mais comme des années dynamiques et fécondes, tumultueuses jusqu’à la confusion, et fertiles de ce tumulte même.
Carnet de recherche : https://1800.hypotheses.org/


