Thibaud TROCHU « Comment faire l’histoire des savoirs ? » (HDR)
Le dossier d’habilitation à diriger des recherches intitulé « Comment faire l’histoire des savoirs ? » présenté par Thibaud TROCHU, maître de conférences en philosophie, Université de Lille/Inspé - Savoirs Textes Langage UMR 8163, se compose de trois volumes :
Vol. 1/ Manuscrit inédit : « L’idée d’université. Institutions, pratiques et mentalités en controverses (France, 1877-1907) ».
Vol. 2/ Mémoire de synthèse : « Devenir historien des sciences ».
Vol. 3/ Dossier sur travaux : « Façons de faire de l’histoire de la philosophie ».
Composition du jury
Sarah AL-MATARY, professeure, université Le Havre-Normandie
Delphine ANTOINE-MAHUT, professeure, ENS-Lyon (garante)
Daniela BARBERIS, professeure associée, North Central College (États-Unis)
Wolf FEUERHAHN, directeur de recherche au CNRS (rapporteur)
Mathias GIREL, maître de conférences HDR, ENS-Ulm PSL (rapporteur)
Muriel GUEDJ, professeure, université de Montpellier
José Luis MORENO PESTAÑA, professeur, université de Grenade (Espagne)
Xavier RIONDET, professeur, université de Rennes 2 (rapporteur)
Résumé
Le manuscrit inédit du dossier d’habilitation explore et analyse l’édification du système d’enseignement supérieur français moderne, organisé en universités, entre 1877 et 1907. Cette séquence historique est déterminante parce que la « question des universités », de leur fonction sociale, est publiquement posée et débattue. Des enjeux intellectuels et politiques président à cette entreprise de mutations des pratiques éducatives nationales : il s’agit de « préparer les serviteurs intelligents de la démocratie » (Louis Liard).
Cette monographie s’articule autour de trois axes : (1), la transition d’un modèle culturel d’éducation à un autre ; ou comment la France est passée d’un système dominé par les « humanités » classiques (rhétorique, latin) à un modèle centré sur la démarche scientifique, la recherche et la formation intellectuelle par l’initiation à la recherche ? (2) L’analyse des controverses, par l’examen des vives tensions entre les « réformateurs », souvent issus du supérieur, et les défenseurs des traditions, souvent liés au secondaire et aux Écoles spéciales léguées par l’Empire. À cet égard, l’histoire de l’École normale supérieure au 19e siècle sert de radiographie des tensions dans l’appareil scolaire et universitaire en mutation. (3) Enfin, par une focalisation sur l’histoire de l’enseignement philosophique en France du point de vue de la mise en question, à un moment donné et par ses acteurs eux-mêmes, des pratiques de formation qui le structurait, on dispose d’un observatoire privilégié des mutations éducatives nationales. L’enseignement de la philosophie (et avec lui la pratique de la dissertation) sert de prisme, car il se situe au point de jonction entre le secondaire et le supérieur.
Dans ce dossier d’habilitation, je cherche à délimiter un terrain de recherche et à définir une méthode pour l’aborder. Afin de répondre à la question : « Comment faire de l’histoire des savoirs ? », je travaille à la croisée de l’histoire des sciences et de l’histoire de l’éducation, en plaidant pour une analyse croisée des « systèmes de pensée » et des « systèmes d’enseignement ». Ce programme de recherche consiste, notamment, à conduire des analyses corrélatives entre l’histoire des pratiques de formations et celle des produits parmi les plus aboutis des savoirs.


