Choisir, désigner, définir les lieux de la fiction dans le théâtre de la première modernité (France, Espagne, Italie – XVIe-XVIIe siècles)

Organisation : Sabine LARDON (u. Jean Moulin Lyon 3 – IHRIM) et Marc VUILLERMOZ (u. Savoie Mont-Blanc – LLSETI)

La spécificité de l‘expression théâtrale impose une relation particulière entre deux lieux : un lieu concret, la scène, et un autre lieu, imaginaire celui-là, qui sert de cadre à la fiction. Pour opérer une claire distinction entre les deux, les sémiologues du théâtre réservent souvent le terme de lieu à l‘appareil scénique, par opposition à l‘espace dramatique, notion plus abstraite et plus générale dépassant la simple acception topologique et permettant d‘englober le cadre fictionnel de pièces modernes et contemporaines difficilement situables dans un endroit du monde. Mais dans un théâtre de la mimèsis, qui suppose toujours une ressemblance plus ou ou moins marquée entre le signe et son référent, la confusion entre les deux instances est fréquente, comme en témoignent les didascalies spatiales et les réflexions formulées par les dramaturges dans les préfaces de leurs pièces.

Un des grands axes de ce colloque consistera donc à explorer ce rapport – changeant d‘un siècle et d‘un pays à l‘autre – entre lieu scénique et espace dramatique, notamment au moyen du lexique employé par les auteurs et les théoriciens pour désigner l‘ancrage spatial des pièces.
Un autre axe de recherche concernera le choix du cadre de la fiction. Où situer l‘action du drame ? Le problème se pose différemment, suivant que l‘on crée une œuvre originale ou que l‘on adapte une pièce étrangère. Surtout, un tel choix résulte d‘enjeux d‘ordres très divers (scénographiques, littéraires, culturels, génériques…) dont on pourra mesurer l‘influence sur la spatialisation de la fiction.
La question des genres théâtraux pourra également être abordée, certains genres étant intrinsèquement liés à un espace dramatique particulier, d‘autres excluant tel ou tel lieu au nom de la bienséance ou de la vraisemblance.
On pourra enfin s‘interroger sur les rapports – harmonieux ou conflictuels – entre la fiction et son ancrage spatial : en quoi l‘intrigue détermine-elle le lieu de sa réalisation ? En quoi, réciproquement, l‘espace dramatique peut-il infléchir le cours de l‘action ? À quel moment la détermination du lieu de la fiction intervient-elle dans la genèse de l‘œuvre ?
Toutes ces questions, et bien d‘autres, pourront être envisagées soit au sein d‘un seul domaine national et d‘un siècle particulier, soit à travers une étude comparative, dans l‘esprit du projet ANR IdT – Les idées du théâtre, dont ce colloque constitue un prolongement.